Un tableau vierge ne vaut rien : le travail n'est pas de le remplir, c'est de trancher qui approuve quoi. Ce modèle arrive donc pré-rempli avec une proposition défendable, et chaque arbitrage discutable est expliqué pour que vous puissiez le contredire.
C’est la première cause de confusion. Quand quelqu’un demande « la matrice de responsabilité », il faut savoir laquelle : elles n’ont ni le même auteur, ni le même moment, ni le même niveau de détail.
| La matrice | Qui l’écrit | Quand | À quoi elle sert |
|---|---|---|---|
| Matrice d’affectation des tâches de gestion | Le maître d’ouvrage | Avec l’appel d’offres | Dire qui assure les fonctions de gestion de l’information, de son côté comme du vôtre. |
| Matrice de responsabilité de haut niveau | Le candidat qui pilote | Avec l’offre | Montrer, grossièrement, qui ferait quoi. L’équipe définitive n’est pas connue. |
| Matrice de responsabilité détaillée | La partie désignée principale | Après désignation | Qui produit quoi, précisément, et pour quand. C’est celle que ce modèle couvre. |
Le jalon. Une matrice qui dit qui fait quoi sans dire quand ne se vérifie pas. C’est exactement ce qui sépare la version de haut niveau, acceptable au stade de l’offre, de la version détaillée, qui engage. Si votre matrice n’a pas de colonne de date, vous avez encore la première.
Le sigle désigne une matrice d’affectation des responsabilités, outil de gestion de projet antérieur au BIM et indépendant de lui. Il est reconnu par les référentiels de gestion des services et recommandé par les grands cabinets d’analyse.
Celui qui exécute la tâche. Plusieurs R sur une même ligne est normal : trois équipes peuvent produire ensemble.
Celui qui répond du résultat et arbitre. Un seul, toujours. C’est la seule lettre dont la duplication ruine le document.
Celui dont l’avis doit être recueilli avant la décision. Consulter après, c’est informer.
Celui qui reçoit l’information après. Il ne bloque rien et n’a rien à valider.
Deux règles suffisent à rendre une matrice exploitable : exactement un A par ligne, et au moins un R. Le reste relève du bon sens.
Sur beaucoup de tâches, celui qui fait est aussi celui qui répond : un mandataire qui assemble la maquette fédérée n’a personne au-dessus de lui pour approuver cet assemblage. La règle canonique prévoit ce cas, le A peut également être R. On le note alors RA. Inventer un approbateur distinct pour remplir la case produirait un document faux : dans le classeur fourni, seize lignes sur trente-six sont dans cette situation.
Les quatre lettres sont connues de tout le monde. Celle qui compte est le A, et c’est la seule dont l’erreur se paie.
Deux A sur une ligne, ce sont deux personnes qui se croient chacune couvertes par l’autre. Aucun A, c’est une tâche que personne n’assume, et qui se découvre le jour où elle a été mal faite. Les deux cas produisent le même résultat : quand il faut trancher, personne n’a autorité pour le faire.
Comptez, sur chaque ligne, les cases contenant un A (donc A ou RA). Il en faut exactement une. C’est un contrôle de dix secondes qui élimine le défaut le plus courant. Dans le classeur fourni, une colonne le fait pour vous à chaque saisie, et le modèle pré-rempli le passe sur ses trente-six lignes.
Le classeur en contient trente-six, regroupées par les huit étapes de la norme. La plupart ne posent aucun problème. Voici celles sur lesquelles les projets se disputent, avec le choix retenu et sa raison. Ce sont exactement celles que vous devez rediscuter.
Il existe des versions enrichies du modèle. Elles répondent à de vrais besoins, et elles alourdissent presque toujours plus qu’elles n’éclairent.
La plus répandue ajoute deux lettres : un vérificateur, qui contrôle la conformité aux spécifications, et un signataire, qui valide formellement. Une autre introduit un rôle de soutien, pour distinguer celui qui aide de celui qui produit. Sur un projet complexe et très encadré, ces distinctions se défendent.
Sur une opération de bâtiment ordinaire, elles produisent surtout des colonnes que personne ne remplit sérieusement. Le vérificateur se confond avec le contrôle qualité déjà prévu, le signataire avec l’approbateur. Commencez par un RACI simple correctement rempli : c’est plus difficile, et bien plus utile, qu’un RACI enrichi rempli à moitié.
Le RACI suppose une organisation hiérarchique, où chaque tâche a un responsable identifiable. Il s’accommode mal des approches où la responsabilité est réellement collective, et il peut compliquer un projet simple plus qu’il ne l’organise. Sur une opération à trois intervenants qui se parlent tous les jours, une matrice de vingt-sept lignes est une réponse disproportionnée. Ce qui nous amène au point suivant.
L’ISO 19650-2 demande explicitement que ses exigences soient appliquées de manière proportionnée à l’échelle et à la complexité du projet. Une matrice de vingt-sept lignes sur une petite opération n’est pas rigoureuse : elle est inadaptée.
Fusionnez les colonnes : un seul intervenant conception, un seul exécution. Gardez les lignes d’arbitrage et de publication, supprimez celles de production. Dix lignes discutées valent mieux que trente-six recopiées.
Ajoutez une colonne par cotraitant réel, pas par métier théorique. Dupliquez la matrice par marché, conception puis travaux, avec un pilote différent. Rattachez chaque ligne à un jalon daté.
36 tâches réparties sur les huit étapes de l’ISO 19650-2, huit colonnes d’intervenants que vous renommez, et une colonne « pourquoi ce choix » qui porte la justification de chaque ligne : le raisonnement voyage avec le fichier au lieu de rester sur cette page.
Le classeur se contrôle lui-même. Les cellules de rôle sont des listes déroulantes, et une colonne compte les A de chaque ligne puis passe en rouge s’il n’y en a pas exactement un. Trois feuilles : la matrice, vos intervenants, le mode d’emploi.
Une matrice mal utilisée est pire qu’une absence de matrice : elle donne le sentiment que la question est réglée.
Ce modèle est une proposition de départ, pas une référence normative. Il reprend la logique de la série ISO 19650 sans en être une traduction officielle, et ne remplace ni un conseil juridique ni la lecture des textes. Chaque ligne doit être arbitrée pour votre opération. Utilisé tel quel sans discussion, il produira exactement ce que ce site passe son temps à déconseiller : un document conforme dont personne ne se sert.
Cette matrice ne vit pas seule : elle est une pièce d’un enchaînement plus large.
La séquence complète dans laquelle elle s’inscrit est décrite dans ISO 19650-2 pas à pas, dont le tableau récapitulatif recense chaque document et son producteur. Le document auquel l’annexer est la convention BIM. Les fonctions que portent les colonnes sont détaillées dans qui fait quoi. Et pour vérifier au bon moment plutôt qu’à la fin, la checklist de démarrage.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
On lit la partie 2 comme un inventaire de documents à produire. C'est une séquence, et chaque document n'est que le résidu d'une étape. La première ne mobilise personne d'autre que le maître d'ouvrage, ce qui explique pourquoi c'est celle qu'on saute, et pourquoi tout le reste devient invérifiable.
Quatre-vingts pages recopiées d'un autre projet, et sur le chantier personne ne sait quelle propriété remplir. Une convention utile n'est pas un document bien rédigé : c'est une série de décisions qu'on peut opposer à quelqu'un le jour d'un désaccord.
Le même intitulé recouvre trois métiers différents selon l'entreprise, et deux offres d'emploi identiques décrivent des postes opposés. La seule façon de s'y retrouver : raisonner en fonctions à couvrir, pas en cartes de visite.