Le même intitulé recouvre trois métiers différents selon l'entreprise, et deux offres d'emploi identiques décrivent des postes opposés. La seule façon de s'y retrouver : raisonner en fonctions à couvrir, pas en cartes de visite.
Prenez trois personnes qui portent le titre de BIM manager. La première rédige des cahiers des charges pour un bailleur social. La deuxième anime la coordination d’un chantier. La troisième déploie des standards internes dans un bureau d’études. Ce ne sont pas trois variantes d’un métier : ce sont trois métiers.
Cette confusion n’est pas un détail de vocabulaire. Elle produit des recrutements ratés, des offres qui n’attirent pas les bons profils, et surtout des projets où une fonction essentielle n’est portée par personne parce que chacun a supposé qu’elle relevait de l’autre.
Le réflexe habituel consiste à chercher la « bonne » définition de chaque titre. C’est une impasse : aucune autorité ne les normalise, et les usages varient d’une entreprise à l’autre, d’un pays francophone à l’autre. Il faut inverser la question.
Ne demandez pas « qu’est-ce qu’un BIM manager ». Demandez : « sur ce projet, quelles fonctions doivent être couvertes, et qui porte chacune ? » La réponse tient en un tableau, elle est vérifiable, et elle survit aux différences de vocabulaire.
Quels que soient les intitulés, ces six fonctions existent sur tout projet BIM. Elles peuvent être portées par six personnes ou par deux, mais aucune ne peut rester vacante sans conséquence.
Sur votre projet en cours, mettez un nom en face de chacune des six. Celles qui restent vides, ou qui reçoivent un « c’est un peu tout le monde », sont vos zones de risque. C’est le diagnostic le plus rapide qu’on puisse faire d’une organisation BIM.
C’est la distinction que tout le monde cherche. Elle ne tient ni au niveau hiérarchique ni à l’ancienneté, mais à l’objet du travail : les règles d’un côté, le cycle de l’autre.
Sur un projet de taille moyenne, la même personne porte les deux fonctions, et le titre affiché dépend alors de l’entreprise. Cela n’a rien d’anormal : ce qui pose problème, c’est de croire qu’une seule des deux suffit. Écrire des règles que personne ne fait tourner ne produit rien ; faire tourner un cycle sans règles produit des décisions incohérentes.
C’est une surprise pour beaucoup : la norme de référence n’emploie aucun des titres qui structurent le marché de l’emploi.
Elle raisonne en parties et en fonctions. D’un côté la partie désignante, celle qui commande et exprime ses besoins. De l’autre les parties désignées, qui produisent, avec parmi elles une partie désignée principale chargée de coordonner l’ensemble. Et surtout, une fonction de gestion de l’information qui doit être explicitement attribuée, sans que la norme dise à quel intitulé de poste elle correspond.
Ce choix est délibéré et il est utile. Un titre ne s’attribue pas contractuellement, une fonction si. Sur un marché, ce qui engage n’est pas d’avoir nommé quelqu’un « BIM manager », mais d’avoir écrit qui est responsable de quoi, avec quels livrables et quelles échéances.
Dans une convention BIM, ne vous contentez jamais d’une liste d’intitulés. Écrivez une matrice : en lignes les fonctions ou les livrables, en colonnes les intervenants, et à l’intersection qui produit, qui vérifie, qui valide. C’est ce document, et lui seul, qui règle les désaccords.
Les six fonctions ne se traduisent pas par six postes. Voici les trois configurations les plus courantes.
Un référent BIM cumule pilotage, coordination et contrôle, souvent en plus de sa mission de production. Le risque : le contrôle qualité passe à la trappe, faute de temps et de recul sur son propre travail.
Un BIM manager côté maîtrise d’œuvre, un coordinateur par phase, des référents dans chaque bureau d’études. La configuration la plus fréquente, et la plus équilibrée.
Fonctions séparées, avec en plus une administration du CDE à temps plein et un contrôle qualité indépendant des producteurs. Le risque bascule : trop d’intermédiaires entre celui qui décide et celui qui modélise.
Le contrôle qualité gagne à ne pas être exercé par celui qui a produit. Sur un petit projet où c’est impossible, compensez par une relecture croisée entre lots : chacun vérifie la livraison de l’autre. C’est imparfait, mais infiniment supérieur à l’autocontrôle solitaire.
Que vous recrutiez, que vous postuliez ou que vous rejoigniez un projet, l’intitulé ne vous apprendra rien. Ces cinq questions, oui.
Les fonctions décrites ici se traduisent en engagements dans une matrice de responsabilité. Un modèle annoté est disponible, pré-rempli et commenté ligne par ligne.
Les fonctions décrites ici deviennent opposables dans la convention BIM, à partir des besoins exprimés dans l’EIR. Pour voir la fonction de coordination à l’œuvre, semaine après semaine, allez voir la coordination BIM. Et parce que redistribuer ces rôles dans une organisation existante est le point le plus négligé des déploiements, voyez la conduite du changement. Les fiches de poste détaillées, les parcours et les rémunérations feront l’objet de guides dédiés dans la section Ressources.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
Le même intitulé recouvre trois métiers, donc une moyenne de salaires ne décrit personne. Voici les ordres de grandeur, leurs limites, et surtout ce qui détermine votre place dans la fourchette, qui est la seule information sur laquelle vous puissiez agir.
Quatre-vingts pages recopiées d'un autre projet, et sur le chantier personne ne sait quelle propriété remplir. Une convention utile n'est pas un document bien rédigé : c'est une série de décisions qu'on peut opposer à quelqu'un le jour d'un désaccord.
Beaucoup d'équipes appellent « coordination » le rendez-vous du jeudi. C'est la partie visible, et la moins déterminante. Ce qui fait tenir une coordination, c'est un cycle, une autorité et une clôture. Voici le processus complet, du gel des maquettes au procès-verbal.