Quatre-vingts pages recopiées d'un autre projet, et sur le chantier personne ne sait quelle propriété remplir. Une convention utile n'est pas un document bien rédigé : c'est une série de décisions qu'on peut opposer à quelqu'un le jour d'un désaccord.
Prenez la convention BIM de votre projet en cours. Une équipe vous demande dans quel jeu de propriétés inscrire la référence d’un équipement. Trouvez la réponse en moins de trente secondes.
Si vous n’y arrivez pas, votre convention ne remplit pas sa fonction, quelle que soit sa qualité rédactionnelle. C’est le sort de la majorité d’entre elles : longues, soignées, et pourtant muettes sur les questions qui se posent réellement.
La cause est presque toujours la même. La convention a été recopiée depuis un autre projet, puis relue pour en corriger les noms. Elle décrit abondamment ce qu’est le BIM, rappelle les principes de l’ISO 19650, énumère des intentions. Ce qu’elle ne fait pas, c’est trancher. Or décrire ne coûte rien et ne sert à rien : seule une décision engage.
Une convention BIM se juge à une seule chose : peut-on l’ouvrir pour régler un désaccord ? Si deux personnes de bonne foi peuvent en tirer deux conclusions opposées, la question n’a pas été tranchée, elle a seulement été évoquée.
Trois termes circulent, souvent confondus. Ils correspondent pourtant à trois moments et à trois auteurs différents.
Le vocabulaire francophone appelle convention BIM ce que l’ISO 19650 nomme BEP (BIM Execution Plan). Ce sont les mêmes objets. La norme distingue en revanche deux temps : un BEP pré-contrat, produit pendant la consultation pour montrer comment on compte répondre, et un BEP post-contrat, affiné une fois le marché attribué, qui devient le document de travail.
Le point à ne jamais confondre reste la différence entre l’expression du besoin et la réponse à ce besoin.
Rédiger une convention BIM sans EIR. Les équipes décident alors seules de ce qu’elles vont produire, en fonction de ce qui les arrange. Le client découvre à la livraison que le format ne lui sert à rien, et la discussion n’a plus de référence contractuelle sur laquelle s’appuyer.
Tout le reste est du contexte. Si ces six questions ont une réponse univoque et vérifiable, votre convention fonctionne, même en vingt pages.
À contenu théorique équivalent, deux conventions peuvent avoir des destins opposés. Ce qui les sépare tient à peu de choses.
Chaque fois que vous écrivez une phrase dans une convention, demandez-vous : « que se passe-t-il si quelqu’un fait le contraire ? » Si la réponse est « rien, la phrase reste vraie », vous décrivez. Si la réponse est « il est en écart, et c’est démontrable », vous décidez.
Prenons comme exemple un luminaire de bureau, objet banal que trois intervenants manipulent et dont personne ne sait spontanément qui renseigne quoi. Voici ce qu’une convention utile en dit, sans jamais prononcer le mot « luminaire ».
Le lot électricité renseigne les propriétés de ses équipements. Pas « les équipes concernées » : le lot électricité, avec un nom en face.
En conception, l’objet existe avec sa puissance et son type. En exécution, il porte en plus la référence réelle du produit posé.
Les appareils d’éclairage sont modélisés dans leur catégorie métier, jamais en modèle générique. C’est ce qui garantit un typage correct à l’export IFC.
La référence produit va dans un jeu de propriétés nommé, documenté en annexe, avec le format de valeur attendu. Plus aucune ambiguïté à remplir.
La maquette passe de l’état privé à l’état partagé après contrôle, et seul le coordinateur peut la publier.
Avant chaque partage, le producteur vérifie typage, rattachement au niveau et propriétés obligatoires. Le désaccord du mois prochain a déjà sa réponse écrite.
Une convention meurt rarement d’un défaut de contenu. Elle meurt de la façon dont elle a été fabriquée ou entretenue.
Reprise d’un autre projet sans repartir de son EIR. Le document parle d’un chantier qui n’est pas le vôtre.
Des pages sur ce qu’est le BIM, aucune décision opposable. Le lecteur ressort avec de la culture, pas avec une réponse.
Signé au démarrage, jamais révisé. Au premier changement d’équipe ou de phase, il devient faux sans que personne ne le signale.
Aucun contrôle ne vérifie son application. Une règle qu’on peut ignorer sans conséquence n’est pas une règle.
Rédigée par une seule personne, sans les équipes qui devront l’appliquer. Elle sera contournée, poliment mais sûrement.
Faites relire les tableaux de décisions par ceux qui devront les appliquer, avant signature. Un projeteur qui dit « ça, on ne saura pas le faire » vous fait gagner trois mois. La convention n’y perd rien : elle troque une exigence irréaliste contre une exigence tenue.
La convention BIM n’est pas un livrable administratif. C’est l’endroit où les questions se règlent avant de coûter cher.
Trois idées à emporter. Une convention se juge à sa capacité à trancher un désaccord, pas à sa longueur ni à sa qualité rédactionnelle. Elle répond à un EIR : sans expression de besoin en amont, les équipes décident seules et le client découvre trop tard. Enfin, elle n’existe vraiment que si elle est révisée aux jalons et contrôlée dans les faits, faute de quoi elle redevient un document parmi d’autres.
La pièce que l’on annexe le plus souvent à une convention est la matrice de responsabilité. Un modèle annoté et téléchargeable en donne une version pré-remplie, avec l’explication de chaque arbitrage discutable.
Parmi les décisions qu’une convention arrête, la codification des fichiers est l’une des plus structurantes et des plus négligées : les conventions de nommage.
Le document amont, l’EIR, ainsi que les plans de livraison de l’information et l’audit des maquettes feront l’objet de guides dédiés dans cette section. Pour les mécanismes normatifs sur lesquels tout ceci repose, revenez à l’ISO 19650 : la convention en est la traduction opérationnelle sur votre projet.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
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