L'EIR dit quelle information il faut. Il ne dit ni sous quelle forme, ni comment elle est produite. Deux livrables au contenu identique peuvent être l'un exploitable, l'autre inutilisable, selon qu'ils suivent ou non des règles communes. L'ISO 19650 nomme ces règles : la norme d'information pour la forme, les méthodes et procédures de production pour le processus.
On croit qu’exprimer un besoin d’information, dans un EIR, règle la question. Il en règle une, la plus importante, mais il en laisse deux ouvertes, et ces deux-là décident de l’exploitabilité réelle du livrable.
Prenez deux équipes à qui l’on a demandé exactement la même information. La première la livre nommée selon une règle claire, classée dans le même système que tout le monde, au bon format, après relecture. La seconde livre le même contenu, mais nommé à sa façon, classé autrement, dans un format bancal, sans qu’aucune vérification n’ait eu lieu. Le contenu est identique ; l’une des deux livraisons est utilisable, l’autre non. L’EIR ne fait pas la différence entre les deux, parce que ce n’est pas son rôle.
L’ISO 19650 comble ce vide avec deux pièces que l’on nomme rarement et qu’on n’explique presque jamais. La norme d’information dit sous quelle forme l’information doit se présenter. Les méthodes et procédures de production disent comment elle est fabriquée et validée. Ce sont les deux « comment » qui prolongent le « quoi » de l’EIR, en amont de la réponse des équipes.
L’EIR dit ce qu’il faut livrer. La norme d’information dit à quoi ça doit ressembler. Les méthodes et procédures disent comment on l’obtient. Trois questions différentes, trois documents différents, et confondre les trois est la source d’un nombre considérable de livraisons décevantes dont le contenu, pourtant, était juste.
La norme d’information n’invente pas de contenu. C’est le règlement qui rend cohérente la forme de tout ce qui circule, en rassemblant sous une même autorité des règles que le site traite déjà séparément.
Elle fixe, pour tout le projet et pour tous les intervenants, la façon de nommer les fichiers, le ou les systèmes de classification à employer, les états qui gouvernent le partage, les formats d’échange, les unités et le géoréférencement, les métadonnées attendues. Aucun de ces éléments n’est nouveau : ce qui l’est, c’est de les réunir en un standard unique et opposable, pour que chacun applique les mêmes règles au lieu des siennes.
Avoir une convention de nommage, un système de classification et des états de CDE ne suffit pas si chaque équipe choisit les siens. La norme d’information est ce qui transforme « nous utilisons un nommage et une classification » en « nous utilisons le même nommage et la même classification ». Elle est l’umbrella, pas les pièces : sans elle, les bonnes pratiques de chacun ne s’additionnent pas, elles se contredisent.
La norme d’information gouverne le résultat. Les méthodes et procédures de production gouvernent le chemin pour y arriver, et c’est un tout autre sujet, trop souvent laissé implicite.
Elles décrivent comment l’information est réellement fabriquée et validée : les méthodes de modélisation, la façon de saisir et de structurer les données, et surtout le circuit par lequel une information est produite, contrôlée, puis autorisée à passer d’un état à l’autre. C’est le versant processus, celui qui relie la production au partage.
Un livrable propre produit sans aucune relecture est un coup de chance, pas un processus. Le jour où l’auteur change, où le délai se tend, où le projet grossit, seule une méthode écrite tient. La norme d’information vous dit si le résultat est bon ; les méthodes et procédures vous disent si vous pouvez compter sur lui la fois suivante. Les deux sont nécessaires, et l’une ne remplace jamais l’autre.
Ces deux « comment » ne flottent pas : ils ont une place précise dans la séquence de l’ISO 19650, entre ce que le client exige et ce que les équipes proposent.
La partie désignante établit trois choses en amont : l’EIR, la norme d’information et les méthodes et procédures de production. Les équipes y répondent par un seul document, la convention BIM, qui adopte ces règles et détaille comment elles seront tenues. La convention n’est donc pas inventée librement : elle répond à un standard et à des méthodes posés par le client. Qui pose et qui répond dépend de la position de chacun, ce que clarifie parties et équipes ISO 19650.
Beaucoup de conventions sont écrites par les équipes, seules, sans qu’aucune norme d’information ni méthode n’ait été imposée en amont. Le résultat se retourne contre le client : il reçoit ce que les équipes ont bien voulu se donner comme règles, au lieu de ce dont il avait besoin. Poser la norme d’information et les méthodes avant la convention, c’est reprendre la main sur la forme et le processus, au lieu de les subir.
Dans la pratique, tout est souvent avalé par un seul mot, « la convention », et cette simplification perd deux distinctions qui comptent.
La première distinction perdue est celle de qui décide : ce que le client impose, la norme d’information et les méthodes, se mélange à ce que les équipes proposent, la convention, et l’on ne sait plus ce qui est exigé de ce qui est négociable. La seconde est celle de la forme et du processus : une convention peut décrire magnifiquement à quoi doivent ressembler les livrables et rester muette sur la façon dont ils sont relus et autorisés, ou l’inverse. Dans les deux cas, il manque une moitié, et le trou ne se voit qu’au moment où il coûte cher.
Sur votre projet, pouvez-vous montrer deux choses écrites et distinctes : les règles de forme, nommage, classification, format, et le circuit de production, qui produit, qui relit, qui autorise ? Si les deux existent et sont séparées, votre cadre est complet. Si tout se confond dans un vague document unique, l’une des deux moitiés est probablement absente, et c’est presque toujours le processus qu’on a oublié.
Deux pièces discrètes, entre l’exigence et sa réponse, qui décident de l’exploitabilité réelle des livrables.
Trois idées à emporter. L’EIR ne dit ni la forme ni le processus : deux livraisons au contenu identique peuvent être l’une exploitable, l’autre non, selon les règles qu’elles suivent. La norme d’information gouverne la forme : elle réunit nommage, classification, états et formats en un standard unique et opposable, l’umbrella qui rend les pièces cohérentes. Les méthodes et procédures gouvernent le processus : comment l’information est produite, relue et autorisée, ce qui ne se déduit jamais du seul résultat. Les trois sont imposés en amont, et la convention n’est que la réponse qui les adopte.
Ces deux « comment » prolongent le « quoi » de l’EIR et se répondent dans la convention BIM. Leurs composants sont détaillés ailleurs : le nommage, les classifications et les états du CDE pour la forme, modéliser proprement et auditer une maquette pour le processus. Le tout s’inscrit dans la séquence de l’ISO 19650-2.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
Le maître d'ouvrage doit exprimer ses besoins d'information avant même de savoir ce qu'il pourra en faire. D'où des cahiers des charges recopiés, qui exigent beaucoup et obtiennent peu. La méthode tient en une inversion : partir de la fin.
Quatre-vingts pages recopiées d'un autre projet, et sur le chantier personne ne sait quelle propriété remplir. Une convention utile n'est pas un document bien rédigé : c'est une série de décisions qu'on peut opposer à quelqu'un le jour d'un désaccord.
« Plan_FINAL_v2_bon_celui-ci.pdf » n'est pas un mauvais nom, c'est une absence de nom. Un conteneur d'information bien nommé n'est pas plus lisible pour un humain : il est lisible par une machine, qui peut alors trier, filtrer et contrôler ce qu'aucun œil ne peut suivre sur des milliers de fichiers.