Sans exigences écrites à l'avance, un audit n'est qu'un avis, et le producteur a le droit de ne pas être d'accord. Voici les quatre familles de contrôle, dans l'ordre où elles se mènent, et ce qui sépare un audit qui améliore d'un audit qui indispose.
Auditer, c’est mesurer un écart entre ce qui est livré et ce qui avait été demandé. Si la seconde moitié de la phrase n’existe pas, il ne reste qu’une opinion.
C’est la situation la plus fréquente. Quelqu’un ouvre la maquette d’un partenaire, relève ce qui le gêne, et transmet une liste. Le producteur répond que rien de tout cela ne lui avait été demandé, et il a raison. La discussion devient un rapport de force entre deux appréciations, que personne ne peut trancher objectivement.
Un audit suppose donc un référentiel, et ce référentiel existe déjà : ce sont les exigences de l’EIR et les règles de la convention BIM. L’audit ne crée pas d’exigences, il vérifie celles qui avaient été acceptées. Toute observation qui ne se rattache à aucune règle écrite est une demande nouvelle, et doit être présentée comme telle.
Prenez trois points que vous comptez vérifier et cherchez la phrase qui les exige, dans l’EIR ou la convention. Si vous ne la trouvez pas pour l’un des trois, vous n’auditez pas : vous découvrez que l’exigence manquait. C’est une information utile, mais elle se traite en amont, pas dans un rapport de non-conformité.
L’ordre n’est pas indifférent : chaque famille suppose que la précédente est satisfaite. Contrôler la cohérence métier d’un fichier mal calé est un pur gaspillage.
Les trois premières familles se traitent vite et à faible coût. La quatrième mobilise un expert. Ne dépensez jamais de l’expertise là où un contrôle automatique n’a pas encore été passé : c’est le meilleur moyen de faire relire par un ingénieur un fichier auquel il manque la moitié des objets.
Les outils de contrôle par règles sont puissants et limités, et la limite se situe exactement là où l’on cesse de pouvoir écrire la règle.
Automatisez tout ce qui s’écrit sous forme de règle, sans exception, et réservez l’humain à l’échantillon et au jugement. Une organisation qui fait vérifier des noms de fichiers par un ingénieur gaspille sa ressource la plus rare, et passe en général à côté des vrais problèmes.
On parle d’audit comme s’il s’agissait d’un événement unique. Il en existe trois, à des moments différents, menés par des acteurs différents et avec des conséquences différentes.
Mené par le producteur, sur ses propres livraisons, avant chaque passage à l’état partagé. C’est le contrôle le plus rentable de tous, parce qu’il corrige avant que l’erreur ne circule.
Mené aux jalons par quelqu’un qui n’a pas produit la maquette. Il vérifie ce que l’autocontrôle laisse passer, et il ne remplace jamais ce dernier : il en mesure l’efficacité.
Mené à la livraison, il conditionne l’acceptation. C’est le seul dont les critères doivent être littéralement ceux écrits dans l’EIR, sans interprétation.
Faire porter tout le contrôle par l’audit indépendant. Le producteur cesse alors de se relire, puisque quelqu’un le fera à sa place, et l’auditeur se retrouve à signaler des fautes de nommage. L’autocontrôle ne se délègue pas : il fait partie du travail de production, pas du travail de contrôle.
Le sort d’un audit se joue dans la forme de son rapport. Les mêmes constats produisent des corrections ou de l’agacement selon la façon dont ils sont présentés.
Un rapport utile est groupé : deux cents anomalies portant sur le même paramètre manquant forment un seul sujet, pas deux cents lignes. Il est hiérarchisé par conséquence, en distinguant ce qui bloque la suite du cycle de ce qui relève de la propreté. Il est adressé : chaque sujet a un responsable nommé et une échéance, faute de quoi il n’appartient à personne. Et il est rejouable, pour que la correction se vérifie au tour suivant sans refaire l’analyse à la main.
Vous reconnaissez la logique du guide sur la clash detection, et ce n’est pas un hasard : les deux produisent des listes de constats, et les deux échouent de la même façon, en diffusant du volume brut que personne ne peut traiter.
Quand un audit ne sert qu’à établir des responsabilités, les équipes optimisent pour passer l’audit, pas pour produire correctement. Le remède est simple et rarement appliqué : donnez aux producteurs le même jeu de règles, en accès libre, pour qu’ils se contrôlent eux-mêmes. Un contrôle dont on connaît les critères à l’avance n’est pas un contrôle affaibli, c’est un contrôle qui a déjà fait son travail.
Aucune ne relève de l’outil de contrôle. Toutes relèvent de ce qui a été décidé, ou pas, avant de le lancer.
Une bonne partie de l’audit, la présence et la forme des données, peut se vérifier automatiquement plutôt qu’à l’œil, dès lors que les exigences sont écrites en IDS. Et pour les contrôles géométriques et spatiaux qu’aucune donnée ne décrit, l’outil dédié est Solibri.
Les critères que vous vérifiez viennent de l’EIR et de la convention BIM : sans eux, relisez ces deux guides avant d’auditer quoi que ce soit. Le moment du contrôle avant partage est décrit dans les états du CDE, et le versant producteur, celui qui évite les non-conformités plutôt que de les constater, dans modéliser proprement. Les outils de contrôle par règles sont décrits dans Solibri, et l’inspection manuelle d’un IFC reçu, sans licence, dans contrôler un IFC pas à pas.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
Quatre-vingts pages recopiées d'un autre projet, et sur le chantier personne ne sait quelle propriété remplir. Une convention utile n'est pas un document bien rédigé : c'est une série de décisions qu'on peut opposer à quelqu'un le jour d'un désaccord.
Le maître d'ouvrage doit exprimer ses besoins d'information avant même de savoir ce qu'il pourra en faire. D'où des cahiers des charges recopiés, qui exigent beaucoup et obtiennent peu. La méthode tient en une inversion : partir de la fin.
Créer quatre répertoires et y ranger des fichiers ne fait pas un CDE. Un état ne dit pas où se trouve une information : il dit ce que vous avez le droit d'en faire, et qui répond si elle est fausse. Toute la valeur est dans les passages de l'un à l'autre.