On attend du 5D qu'il chiffre. Il ne chiffre pas. Il extrait des quantités géométriques, et le standard IFC lui-même livre deux valeurs différentes pour le même mur. Entre ce que la maquette mesure et ce que l'entreprise facture, il reste une convention que presque personne n'écrit.
La promesse commerciale est limpide : la maquette sort le prix. La réalité l’est tout autant, dans l’autre sens. Une maquette ne contient aucun coût : elle contient de la géométrie et des propriétés.
Ce que produit une extraction, ce sont des quantités. Les transformer en prix suppose une bibliothèque de prix à jour, une correspondance entre les objets et les articles de cette bibliothèque, et quelqu’un dont c’est le métier de juger si le résultat est plausible. Aucun de ces trois éléments n’est dans le fichier.
Le raccourci coûte cher parce qu’il déplace la confiance au mauvais endroit. Un chiffrage issu d’une maquette paraît objectif : il vient d’un calcul, pas d’une appréciation. Il hérite pourtant de toutes les décisions de modélisation prises en amont par quelqu’un qui ne pensait pas au métré en les prenant.
Remplacez « faire du 5D » par « obtenir des quantités fiables et traçables, que l’économiste rapproche de ses prix ». La différence n’est pas cosmétique : elle remet le jugement au centre et fait apparaître les conditions de fiabilité, qui sont le vrai sujet du reste de ce guide.
Ce n’est pas une imprécision des logiciels, c’est une propriété du sujet. Le schéma IFC prévoit explicitement plusieurs valeurs pour un même objet, parce qu’il n’existe pas de « la » quantité.
Le jeu de quantités normalisé d’un mur en IFC ne contient pas un volume : il contient un volume brut et un volume net, une aire de face brute et une aire de face nette, et ainsi de suite pour les surfaces d’emprise. Le standard a codifié l’ambiguïté au lieu de la trancher, parce qu’elle ne peut pas l’être dans l’absolu : la bonne valeur dépend de ce qu’on mesure et pourquoi.
Prenons comme exemple un voile béton de 20 cm percé d’une baie de porte. Le volume net déduit la baie : c’est le béton réellement coulé, la bonne base pour commander la centrale. Le volume brut l’ignore. Et si l’on cherche la surface de coffrage, aucune des deux ne convient : il faut compter les deux faces du voile, puis ajouter le contour de la baie, que la maquette ne calcule pas plus qu’elle ne le devine.
Un seul objet, trois questions légitimes, trois quantités différentes. Demander « la quantité de béton » sans dire laquelle, c’est laisser le logiciel choisir à votre place, et il choisira la même chose pour tout le monde, ce qui masquera le désaccord jusqu’au moment où il coûtera.
Entre la géométrie et la facture, il y a une convention de mesurage. Elle existe dans la tête de chaque économiste, elle diffère d’un cabinet à l’autre, et elle est presque toujours absente des documents de projet.
Le constat revient dans toutes les analyses de la profession : les règles, filtres et classifications nécessaires à une extraction fiable ne sont normalisés d’un projet à l’autre par rien. Chaque bureau a ses propres désignations, son découpage en lots et ses habitudes de chiffrage. Tant que ces habitudes restent implicites, deux extractions du même fichier donnent deux résultats, et aucune n’est fausse.
L’écart le plus banal porte sur les hauteurs. Un mur modélisé de dalle à dalle ne correspond pas à la hauteur retenue par le mode de métré, qui peut s’arrêter sous la dalle, ou au niveau fini. Le modeleur a fait un choix de dessin ; l’économiste attend un choix de mesurage. Personne n’a menti, et l’écart se propage sur l’ensemble du projet.
Dans la convention BIM : pour chaque nature d’ouvrage, quelle quantité fait foi (brute ou nette), quelle limite on retient aux jonctions, et ce qui n’est pas mesuré par la maquette et sera métré autrement. Une page suffit. Son absence est ce qui transforme le 5D en discussion sans fin.
Comme pour le phasage, aucune n’est logicielle, et la plupart se décident avant la première paroi modélisée.
Trois de ces quatre conditions se formulent dans les mêmes documents que celles du phasage. C’est le signe qu’il n’y a pas une préparation « pour le 4D » et une autre « pour le 5D » : il y a une expression de besoin par usage, décidée en amont, dont ces deux guides sont deux applications.
Même parfaitement modélisé, un projet ne livre par sa géométrie qu’une fraction de son coût. Les référentiels de mesurage les plus aboutis le disent explicitement, en traitant à part ce qui ne se mesure pas sur un objet.
Ce partage n’a rien d’un aveu de faiblesse : c’est une répartition normale entre ce qui se mesure et ce qui s’apprécie. Le référentiel de mesurage britannique le formalise en consacrant une partie entière à la quantification de ces coûts périphériques : installations, frais généraux, marge, provisions pour risque et inflation. Au niveau international, une norme de management des coûts portée par une coalition de dizaines d’organisations professionnelles poursuit le même objectif de comparabilité.
Ces référentiels sont britannique et international, pas francophones. Aucun cadre équivalent ne s’impose par défaut en France, en Belgique, en Suisse ou au Québec. Vous ne pouvez donc pas invoquer un mode de métré implicite : soit vous en désignez un explicitement, soit vous écrivez le vôtre. La troisième option, celle du silence, est celle que choisissent la plupart des projets.
Le 5D ne se heurte presque jamais à un obstacle technique. Il se heurte à des conventions non écrites, qui ne deviennent visibles qu’au moment où l’argent est en jeu.
Trois idées à emporter. Une maquette ne donne pas un prix : elle donne des quantités, que quelqu’un doit rapprocher d’une bibliothèque et juger. Elle ne donne même pas une quantité : le format prévoit lui-même brut et net, et la bonne valeur dépend de l’usage, d’où la nécessité d’un mode de métré écrit, la pièce que presque aucun projet ne produit. Enfin, une part majeure du coût n’a aucun correspondant géométrique : installations de chantier, main-d’œuvre, frais généraux, aléas. Attendre d’une maquette qu’elle les produise, c’est se tromper d’outil.
Pour situer cet usage parmi les autres, voyez 4D, 5D, 6D, 7D. L’usage voisin, et ses conditions très comparables, est traité dans le BIM 4D. Pour comprendre d’où viennent les quantités brutes et nettes dans un fichier d’échange, allez voir le format IFC, et pour le niveau de détail à exiger afin qu’un chiffrage devienne possible, LOD et LOIN. Les règles de modélisation dont dépend la stabilité des quantités sont détaillées dans modéliser proprement. Le code qui relie un objet à un article de prix relève des classifications. Et pour croiser ces quantités avec un planning ou un suivi de chantier, Power BI et le BIM.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
Power BI ne lit pas une maquette. Il joint des tables. Pour relier un objet de la maquette à un coût, à une tâche de planning ou à un relevé de chantier, il faut une colonne commune présente des deux côtés. Cette clé n'existe presque jamais, et c'est là que 90 % des projets s'arrêtent.
La numérotation suggère une progression, comme si l'on gravissait des niveaux. C'est faux : un projet peut faire un excellent 4D et aucun 5D. Ce ne sont pas des paliers de maturité, ce sont des usages indépendants greffés sur la même maquette.
La séquence tourne, le bâtiment se construit à l'écran, tout le monde approuve. Sauf que le planning était figé avant qu'on la lance. Une 4D produite après l'arbitrage n'est pas un outil de planification : c'est une illustration.