La numérotation suggère une progression, comme si l'on gravissait des niveaux. C'est faux : un projet peut faire un excellent 4D et aucun 5D. Ce ne sont pas des paliers de maturité, ce sont des usages indépendants greffés sur la même maquette.
La phrase s’entend partout : « nous, on est en 4D », « l’objectif serait d’atteindre le 5D ». Elle suppose un escalier, où chaque marche se conquerrait après la précédente. Cet escalier n’existe pas.
Les usages désignés par ces chiffres sont indépendants les uns des autres. Un projet peut simuler magnifiquement son phasage de chantier sans jamais extraire la moindre quantité, et un autre produire des métrés d’une précision remarquable sans avoir lié un seul objet à un planning. Aucun des deux n’est « plus avancé » que l’autre : ils ont greffé des usages différents sur la même maquette.
La numérotation a fait beaucoup de dégâts par ce seul effet de suggestion. Elle transforme un choix d’usage, qui devrait se justifier par un besoin, en position sur une échelle de prestige. On finit par vouloir « faire de la 5D » sans savoir qui en exploitera le résultat, ce qui est exactement l’inverse de la bonne démarche.
Remplacez systématiquement « faire de la 4D » par « lier la maquette au planning, pour que telle personne puisse faire telle chose ». Si la phrase reformulée ne tient pas debout, l’usage n’était pas justifié. Cette traduction élimine la plupart des ambitions dimensionnelles décoratives.
Question simple, réponse gênante : de nulle part en particulier. Aucune norme ne définit les dimensions du BIM.
Vous ne les trouverez ni dans l’ISO 19650, ni dans les normes sur le format d’échange, ni dans celles sur le niveau d’information. C’est un vocabulaire de filière, né du côté des éditeurs, des consultants et de la formation, qui s’est répandu parce qu’il est commode.
Cela ne le disqualifie pas. La convention est aujourd’hui largement partagée : le 4D désigne le temps, le 5D les coûts, le 6D la durabilité et les analyses énergétiques, le 7D l’exploitation. Employée entre gens qui la connaissent, elle fait gagner du temps. Le problème commence quand on lui prête une autorité qu’elle n’a pas.
Au-delà du 7D, l’accord se défait. On rencontre des 8D, 9D et au-delà, avec des significations qui varient d’une source à l’autre. Quand quelqu’un vous propose une dimension à deux chiffres, demandez-lui sa définition et sa source : le vocabulaire a cessé d’être commun, et vous ne parlez probablement pas de la même chose.
La question utile n’est pas « qu’est-ce que le 5D », mais « qu’est-ce qu’il faut avoir fait en amont pour qu’il soit possible ». Voici le prix d’entrée de chacun.
Aucune de ces exigences n’est un réglage de logiciel. Ce sont des décisions d’organisation prises en amont : découpage, classification, règles de modélisation, expression des besoins. C’est pourquoi acheter un module ne fait jamais accéder à une dimension.
Les deux formulations décrivent le même projet. Une seule permet de décider quoi que ce soit.
Vous reconnaissez la démarche du guide sur l’EIR : partir de l’usage visé et remonter jusqu’à l’exigence. C’est la même mécanique, appliquée au vocabulaire des dimensions. Une dimension sans bénéficiaire nommé est une exigence orpheline.
Elles découlent toutes de la même racine : traiter une dimension comme un objectif, alors que c’est un moyen.
Pour la démarche générale dont ce guide n’est qu’une application, voyez le cycle de vie de la donnée. Pour savoir jusqu’où renseigner vos objets afin qu’un usage devienne possible, allez voir LOD et LOIN. Le premier de ces usages est traité en détail dans le BIM 4D, qui montre pourquoi une simulation de phasage échoue presque toujours pour des raisons de découpage et de calendrier, jamais de logiciel. Le second l’est dans le BIM 5D, qui explique pourquoi une maquette ne donne jamais « la » quantité. La reprise en exploitation fait l’objet de guides dédiés dans la section Processus.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
Trois personnes disent « on fait du BIM » et parlent de trois choses différentes, sans s'en apercevoir. Ce guide démêle d'abord ce malentendu, puis montre ce qui distingue réellement un objet de maquette d'une forme en 3D, et ce que la méthode ne résoudra pas.
Un même acronyme pour deux notions, des paliers américains détournés de leur sens, et une norme récente qui démonte toute l'approche. Le niveau d'information ne se décrète pas globalement : il se définit par objet, par usage et par jalon.
Une information saisie une fois doit servir jusqu'à l'exploitation, sans jamais être retapée. Ce principe explique à lui seul pourquoi les normes, les processus et les logiciels BIM sont faits comme ils le sont. Le comprendre, c'est arrêter de subir le BIM.