Archicad ne s'apprend pas comme une liste d'outils, mais comme une idée : celle du bâtiment virtuel, un modèle intégré dont plans, coupes et planches ne sont que des vues. Comprenez cette idée fondatrice, et l'organisation du logiciel, ses calques, ses objets, son navigateur, cesse d'être un labyrinthe pour devenir une conséquence logique.
Archicad a été bâti, il y a des décennies, autour d’une intuition qu’il a nommée le bâtiment virtuel, bien avant que le mot BIM n’existe. Tout le logiciel en découle, et l’ignorer condamne à en subir l’organisation sans la comprendre.
L’idée est qu’on ne dessine pas un bâtiment, on le construit une fois, virtuellement, sous forme d’un modèle unique. Les plans, les coupes, les façades, les nomenclatures et les perspectives ne sont pas des documents que l’on produit et entretient séparément : ce sont des extractions de ce modèle, recalculées à chaque changement. Déplacez une cloison, et tous les documents où elle apparaît suivent, parce qu’ils n’ont jamais existé indépendamment d’elle.
Cette philosophie, Archicad la pousse jusqu’à une conséquence très concrète et très reconnaissable : le projet tout entier tient dans un seul document. Non seulement le modèle, mais aussi ses vues, ses annotations et jusqu’à la mise en page finale des planches vivent dans le même fichier. Là où d’autres approches séparent le modèle et ses livrables, Archicad les réunit.
Cessez de chercher où « dessiner » un plan. Vous ne dessinez pas un plan : vous modélisez le bâtiment, puis vous ouvrez la vue en plan, qui est déjà là. Presque toutes les difficultés de prise en main viennent de cette inversion, et elles se dissolvent dès qu’on l’accepte.
Puisque tout tient dans un document, il faut un instrument pour circuler entre ses étages. C’est le rôle du Navigateur, et le comprendre, c’est comprendre la chaîne qui va du modèle à la planche livrée.
Le Navigateur présente cette chaîne en niveaux successifs. Le plan de projet liste les extractions brutes du modèle, étage par étage, coupe par coupe. Les vues figent chacune de ces extractions avec un jeu de réglages d’affichage, pour qu’elle ressorte toujours identique. Le carnet de mise en page assemble ces vues sur des planches. Enfin, l’éditeur de publication définit une fois pour toutes comment sort le dossier, dans quels formats et vers quelles destinations, pour rejouer la diffusion en un geste.
Une même coupe existe à deux endroits : comme extraction dans le plan de projet, et comme vue réglée dans la carte des vues. On travaille le modèle sur la première, on met en page la seconde. Confondre les deux conduit à re-régler l’affichage à chaque impression ; les séparer permet de fixer la présentation une bonne fois et de ne plus y toucher.
On ne modélise pas dans Archicad en manipulant des objets abstraits, mais en choisissant un outil, en réglant ce qu’il va produire, puis en posant. Cette mécanique paraît anodine ; elle gouverne pourtant toute votre productivité.
Chaque famille d’ouvrage a son outil : l’outil Mur, l’outil Dalle, l’outil Poteau, l’outil Objet. Sélectionner un outil, c’est charger ses réglages par défaut : l’épaisseur, la composition, le calque, l’altitude qu’auront les prochains éléments posés. Vous ne dessinez donc jamais dans le vide, vous déposez des éléments préconfigurés, et la qualité de votre modèle dépend d’abord de la qualité de ces réglages.
Un Favori est un jeu de réglages nommé et enregistré : « mur béton 20 porteur RDC », prêt à rappeler d’un clic. Travailler sans favoris, c’est reconfigurer chaque outil à la main des dizaines de fois par jour, avec les incohérences que cela entraîne. Les mettre en place tôt est le premier vrai gain de temps du logiciel, exactement comme les gabarits le sont ailleurs.
C’est le point où un utilisateur venu d’ailleurs se perd le plus, parce qu’Archicad y fait un choix bien à lui. La visibilité des éléments n’est pas gouvernée d’abord par leur nature, mais par leurs calques.
Chaque élément vit sur un calque, et ce qui s’affiche dans une vue dépend de l’état de ces calques : visibles, masqués, ou verrouillés. La trouvaille d’Archicad est de regrouper ces états dans des combinaisons de calques : un réglage nommé qui fixe d’un coup ce qui se montre. La combinaison « plan de coffrage » masque le mobilier et révèle la structure ; la combinaison « plan d’aménagement » fait l’inverse. On ne touche jamais les calques un par un, on bascule d’une combinaison à l’autre.
Empiler les éléments sur un calque unique, ou en créer un par caprice sans logique d’ensemble. Le modèle se construit vite, puis devient impossible à mettre en page, parce que rien ne peut plus être montré ou masqué proprement. Le plan de calques se décide avant de modéliser, il ne se rattrape pas après.
Là où d’autres logiciels ont leurs objets paramétriques, Archicad a les siens, fondés sur une technologie ancienne et singulière qui explique la richesse de ses bibliothèques comme certaines de ses limites.
Portes, fenêtres, mobilier, équipements : ces objets ne sont pas de simples formes, ce sont des objets GDL, décrits par un langage de programmation géométrique. Chaque objet est en réalité un petit script qui sait se redessiner selon ses paramètres : changez la largeur d’une fenêtre, le script régénère le dormant, les vantaux et le trait en plan. Cette approche donne des objets très souples et des bibliothèques fournies, au prix d’une logique interne que l’on ne bricole pas à la légère.
Un objet GDL riche à l’écran n’est pas automatiquement un objet riche à l’export. Ce qui compte pour la suite du cycle, c’est sa classification et ses propriétés, pas la finesse de son script. Un objet posé dans la mauvaise catégorie sortira mal en IFC, quelle que soit sa beauté. Le soin porté au paramétrage prime sur le soin porté à la forme, ici comme ailleurs.
Décoder un outil, c’est aussi savoir où il excelle et où il peine, sans en faire un camp. Voici ce qui ressort en projet, une fois la logique acquise.
Archicad est réputé fluide dans les phases de conception et soigné sur la production graphique, ce qui en fait un compagnon confortable de l’architecte, du croquis amont au dossier livré. Son modèle de collaboration, par réservation d’éléments, convient particulièrement aux équipes d’architecture. Et il porte un engagement ancien envers les standards ouverts, ce qui en fait souvent un bon citoyen des échanges IFC.
Ses limites sont l’envers de ces qualités. Il est centré sur l’architecture : la structure et les fluides se traitent le plus souvent dans d’autres outils, ce qui déplace la question vers l’interopérabilité. Comme tout logiciel à forte personnalité, il impose sa méthode, et lutter contre sa logique de calques ou d’objets coûte toujours plus cher que de s’y plier. Enfin, sur les très grands projets pluridisciplinaires, la question de l’organisation des maquettes se pose avec la même acuité que partout ailleurs.
Aucun de ces traits n’est un verdict. Le choix entre Archicad et un autre outil ne se tranche pas sur des qualités générales mais sur votre contexte : vos lots internes, vos partenaires, la taille de vos équipes. C’est précisément la méthode de Revit ou Archicad, la question mal posée, à lire avant toute décision d’équipement.
Un logiciel qui se comprend par son idée fondatrice, et dont toute l’organisation en découle.
Trois idées à emporter. Archicad pense le projet comme un bâtiment virtuel unique : plans, coupes et planches sont des extractions d’un même modèle, réunies jusqu’à la mise en page dans un seul document, que le Navigateur organise. Sa signature est le couple calque et combinaison de calques : la visibilité s’y gouverne par des états d’affichage nommés, à concevoir avant de modéliser, sous peine d’un modèle impossible à mettre en page. Enfin, ses objets GDL sont des scripts paramétriques riches, mais c’est leur classification, pas leur forme, qui décide de la qualité d’un export.
Pour la logique interne de l’autre grand outil de modélisation, voyez Revit décodé. Pour décider lequel adopter selon votre contexte, Revit ou Archicad. Et pour faire travailler les deux ensemble sans perte, passer de Revit à Archicad, et retour. La qualité de tout ce qui sort d’Archicad se juge enfin à l’aune du format IFC.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
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