L'échelle de 0 à 3 est citée partout, y compris dans des cahiers des charges. Elle reste un bon outil pour situer une organisation. Mais elle est britannique, antérieure à l'ISO 19650, et la série n'emploie pas la notation « niveau 2 ». Voici ce qu'elle dit vraiment, et pourquoi le niveau 3 n'arrive pas.
Elle apparaît dans les formations, les présentations commerciales et parfois dans les pièces de marché. Le problème n’est pas ce qu’elle décrit, qui reste juste : c’est qu’on l’emploie comme une référence en vigueur alors qu’elle appartient à une génération de textes antérieure.
L’échelle a une vraie utilité : elle donne un langage pour dire où en est une organisation, ce qui est difficile autrement. Elle a aussi un défaut sérieux, celui de suggérer un escalier dont chaque marche se conquerrait après la précédente, avec un sommet à atteindre. Nous verrons que ce sommet n’est pas seulement lointain : il n’est peut-être pas souhaitable tel qu’il est décrit.
Utilisée pour décrire une situation, cette échelle est utile et parlante. Employée comme exigence contractuelle, elle vous fait écrire un vocabulaire que la norme internationale n’emploie pas, et que le pays qui l’a inventé a lui-même abandonné.
Le critère qui distingue les niveaux n’est pas la qualité des maquettes ni la puissance des logiciels. C’est ce qui circule entre les intervenants.
Du dessin en deux dimensions, échangé en papier ou en fichiers électroniques qui en sont l’équivalent. Aucun modèle ne circule. Chacun travaille dans son coin et la cohérence se vérifie à l’œil, plan contre plan.
Un espace de partage commun existe, les fichiers y sont nommés et rangés selon une règle convenue. De la 2D et de la 3D coexistent. Mais les modèles eux-mêmes ne circulent pas : on partage des documents, pas de l’information structurée.
Chaque discipline produit son propre modèle et l’échange dans un format commun. Les modèles sont assemblés pour être vérifiés ensemble, sans jamais fusionner. Chacun reste maître et responsable du sien. C’est le niveau que visent la plupart des projets aujourd’hui.
Un modèle unique et partagé, hébergé en ligne, que tous modifient en temps réel et où chacun voit immédiatement l’effet de son action sur le travail des autres. Séduisant sur le papier, et resté très largement théorique.
Entre le niveau 1 et le niveau 2. Passer de 0 à 1 revient à mieux ranger ses fichiers, ce qui est utile mais ne change pas la nature du travail. Passer de 1 à 2 change ce qu’on s’échange : de l’information exploitable au lieu de documents à relire. C’est le seul saut qui modifie réellement le métier, et c’est aussi celui qui demande une convention, un format neutre et des règles de contrôle.
Cette échelle n’est pas une norme internationale. C’est un modèle national devenu populaire, souvent représenté sous forme de triangle, et il date d’avant les textes qui font aujourd’hui référence.
Elle est britannique, issue de la série de textes qui a précédé l’ISO 19650. Le Royaume-Uni a été le premier pays à structurer une commande publique autour du BIM, son vocabulaire s’est diffusé partout, et c’est ainsi qu’un référentiel national s’est retrouvé cité comme s’il était universel.
Trois choses ont changé depuis, et elles comptent :
Un document qui vous impose « le BIM niveau 2 » comme exigence contractuelle n’a pas été relu depuis la diffusion de l’ISO 19650. Ce n’est pas nécessairement grave, et le rédacteur voulait sans doute dire quelque chose de sensé. Mais demandez-lui de traduire : quelles informations, livrées par qui, à quels jalons, dans quel format. Ces questions-là sont opposables, un numéro de niveau ne l’est pas.
On l’explique d’ordinaire par un retard : les outils ne seraient pas prêts, le secteur trop lent. L’explication est insuffisante, parce que l’obstacle principal n’est pas technique.
Le modèle unique et partagé existe techniquement. Ce qui n’existe pas, c’est la réponse à une question simple : quand tout le monde modifie le même modèle, qui répond de quoi ?
L’assemblage sans fusion du niveau 2 n’est pas une solution d’attente faute de mieux. C’est un dispositif qui épouse la réalité contractuelle : chaque intervenant produit son modèle, en reste responsable, et l’assemblage sert à vérifier la cohérence sans jamais diluer la responsabilité de personne. Le modèle unique dissout précisément cette frontière.
Le niveau 3 n’est pas une étape que le secteur tarderait à franchir : c’est une promesse qui suppose résolus des problèmes de responsabilité et de propriété que personne n’a résolus. Viser le niveau 2 et le faire correctement vaut infiniment mieux que d’attendre un niveau 3 qui, sous cette forme, n’arrivera peut-être jamais.
Elle garde une valeur, à condition de la cantonner à ce qu’elle sait faire.
Au lieu de « nous voulons atteindre le niveau 2 », dites « nous voulons que nos équipes puissent vérifier les conflits sur un assemblage avant chaque jalon ». La seconde phrase se planifie, se chiffre et se vérifie. La première ne se traduit en rien.
Une échelle descriptive utile, dans un vocabulaire qu’il vaut mieux ne plus employer par écrit.
Trois idées à emporter. Le critère qui sépare les niveaux, c’est ce qui circule : rien, des documents, des modèles échangés, ou un modèle unique. Le seul saut qui change le métier est celui du niveau 1 au niveau 2. Le vocabulaire est périmé : l’ISO 19650 parle d’étapes de maturité et a renouvelé les termes, et le pays d’origine de cette échelle l’a abandonnée. Enfin, le niveau 3 ne bute pas sur la technique mais sur des questions de responsabilité et de propriété non résolues, ce qui fait de l’assemblage sans fusion bien autre chose qu’un pis-aller.
Pour les bases avant cette échelle, qu’est-ce que le BIM. Pour le cadre qui a remplacé ce vocabulaire, l’ISO 19650 en vue d’ensemble. Pour le format neutre sans lequel le niveau 2 n’existe pas, le format IFC, et pour le choix stratégique qu’il engage, openBIM contre closed BIM. Et pour traduire une ambition de maturité en exigence opposable, rédiger un EIR.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
Trois personnes disent « on fait du BIM » et parlent de trois choses différentes, sans s'en apercevoir. Ce guide démêle d'abord ce malentendu, puis montre ce qui distingue réellement un objet de maquette d'une forme en 3D, et ce que la méthode ne résoudra pas.
La norme dont tout le monde parle, expliquée sans jargon : qui demande quoi, qui livre quoi, et comment l'information est validée avant d'être partagée. Après ce guide, l'ISO 19650 ne vous impressionnera plus.
Non, l'IFC n'est pas « le PDF de la maquette ». C'est une base de données structurée qui transporte vos objets et leurs propriétés d'un logiciel à l'autre. Comprendre ce qu'il contient vraiment, c'est arrêter de subir les exports ratés.