« Quel est le retour sur investissement du BIM ? » n'a pas de réponse, et ce site ne vous donnera pas de pourcentage inventé. Non par prudence, mais parce que le chiffre unique est le mensonge le plus courant sur le sujet. Le coût et le gain existent bel et bien : encore faut-il savoir qui les porte, et quand.
La demande arrive toujours sous la même forme : un chiffre, un pourcentage, un délai de rentabilité. Elle est légitime, et pourtant elle n’a pas de réponse, pour une raison qui n’est pas une dérobade.
Demander le retour sur investissement du BIM, c’est comme demander le retour sur investissement de l’informatique : la question mélange des situations qui n’ont rien à voir. Le BIM ne rapporte pas la même chose à un architecte, à une entreprise de gros œuvre et à un maître d’ouvrage. Il ne coûte pas la même chose selon les usages retenus, la taille des projets, et le point de départ. Un pourcentage unique ne peut être que faux, ou vrai pour un seul cas qu’on vous présente comme général.
Ce site ne vous donnera donc pas de chiffre inventé, et ce refus est la partie honnête de la réponse. Ce qu’on peut faire, en revanche, est infiniment plus utile : décomposer le coût réel, le gain réel, et surtout la question que presque personne ne pose, celle qui décide de tout, qui porte le coût et qui empoche le gain.
Ne demandez pas « quel est le ROI du BIM », demandez « pour nous, sur ce type de projet, avec ces usages, comparé à comment nous travaillons aujourd’hui, qu’est-ce que ça coûte et qu’est-ce que ça rapporte, et sur quel horizon ? ». Cette question-là a une réponse. La première n’en a jamais eu.
La plupart des budgets de déploiement chiffrent la partie visible et découvrent la partie cachée en cours de route. Or c’est la seconde qui pèse le plus lourd.
Chiffrer les licences, le matériel et la formation, puis considérer le budget bouclé. C’est chiffrer la partie émergée et ignorer la masse immergée. Le coût dominant du BIM n’est pas le logiciel, c’est le temps humain : celui de l’apprentissage, celui de la production d’information, celui du pilotage. Un budget qui ne compte que les outils sous-estime le coût réel d’un facteur qui n’a rien d’anecdotique.
Les bénéfices du BIM sont réels, mais ils ont deux propriétés qui compliquent tout calcul : certains sont difficiles à mesurer, et surtout, celui qui les empoche n’est pas toujours celui qui a payé.
Moins de reprises sur le chantier grâce aux conflits détectés en amont, des quantitatifs plus rapides, moins de ressaisie à la livraison, des appels d’offres qu’on peut viser. Ils se chiffrent, à condition de les mesurer.
La réduction du risque, la qualité, la réputation, un patrimoine exploitable dans la durée. Bien réels, mais rétifs au tableur : les ignorer parce qu’on ne sait pas les chiffrer fausse pourtant le calcul dans l’autre sens.
Reste la propriété la plus dérangeante, déjà rencontrée dans la conduite du changement : le BIM déplace l’effort vers l’amont, et le gain apparaît en aval. Celui qui renseigne consciencieusement une maquette n’est pas celui qui, deux ans plus tard, exploite le bâtiment sans ressaisie. Le gain existe à l’échelle de l’opération entière, mais il est capté par un autre acteur, un autre budget, parfois une autre entreprise, que celui qui a fourni l’effort.
Un projet peut afficher un ROI positif au total, et un ROI négatif pour vous. Un bureau d’études qui investit et dont le maître d’ouvrage récolte le bénéfice a raison de trouver l’opération déficitaire de son point de vue. Tant qu’aucun mécanisme ne redistribue une part du gain vers celui qui paie l’effort, le calcul global reste vrai et parfaitement inopérant pour convaincre. La rentabilité n’est pas qu’une somme, c’est une répartition.
Puisqu’aucun pourcentage tout fait ne vaut, il reste une méthode. Elle ne donne pas une réponse unique, elle donne la vôtre, pour votre situation.
Décidez de quel point de vue vous calculez. Le vôtre seul, ou celui de l’opération entière ? Les deux sont légitimes, mais ils ne donnent pas le même résultat, et confondre les deux est la source d’un débat sans fin.
Un usage a un coût et un gain estimables ; « le BIM » n’en a pas. La détection de conflits, le métré, le dossier d’exploitation se raisonnent un par un. Voir les pièges du premier projet sur le choix des usages.
Le procédé actuel n’est pas gratuit : il a ses reprises, ses erreurs, sa ressaisie. Le vrai comparant du BIM n’est pas un idéal sans défaut, c’est votre façon de travailler aujourd’hui, coûts cachés compris.
Le premier projet coûte plus, c’est la courbe en creux. Le gain arrive une fois l’apprentissage amorti, sur les projets suivants. Juger la rentabilité sur la première opération, c’est conclure avant que le calcul ait commencé.
La plupart des organisations ne mesurent jamais, et restent donc dans l’opinion. Quelques indicateurs suivis, reprises évitées, heures de ressaisie, taux de non-conformités, transforment la conviction en fait.
Un chiffre trouvé en ligne, une promesse commerciale, ou l’intuition du dernier qui a parlé. Aucune de ces trois sources ne connaît votre périmètre, vos usages ni votre alternative. Une estimation modeste mais fondée sur votre situation vaut mieux qu’un pourcentage impressionnant qui décrit celle d’un autre.
Refuser un chiffre unique n’interdit pas de dire des choses vraies. Certaines situations rendent le BIM nettement rentable, d’autres nettement plus difficile à justifier, et le dire franchement vaut mieux que de prétendre qu’il paie pour tout le monde.
Le BIM paie le plus sûrement pour le maître d’ouvrage qui garde son bâtiment, parce qu’il capte le gain d’exploitation sur des décennies, et sur les projets complexes, où la coordination entre disciplines évite des reprises coûteuses. Là, l’effort amont et le bénéfice aval se retrouvent plus facilement dans la même main, ou du moins dans le même horizon.
Il est en revanche le plus difficile à justifier pour un petit acteur sur des projets simples, qui porte le coût sans capter le gain aval, et pour qui la coordination évitée reste marginale. Pour lui, la rentabilité directe est souvent négative, et la vraie raison d’y aller n’est pas comptable : c’est que le marché l’exige, que les appels d’offres le demandent, et que ne pas s’y mettre coûte, à terme, plus cher que s’y mettre. C’est un calcul de survie, pas de retour sur investissement, et il est tout aussi valable.
À ceux pour qui le calcul direct est défavorable, on doit la vérité : le BIM peut être un coût net à court terme, justifié par l’accès au marché et non par une économie immédiate. Le vendre comme une source d’économies garantie à tout le monde prépare des désillusions, et discrédite le BIM là où il apporte pourtant une valeur réelle, simplement pas là où on l’avait promise.
Pas de chiffre magique, mais une façon rigoureuse de raisonner sur une question que trop de gens tranchent d’un slogan.
Trois idées à emporter. Le ROI unique du BIM n’existe pas : il dépend de qui vous êtes, de vos usages, de votre alternative et de votre horizon, et tout pourcentage universel est faux ou tronqué. Le coût dominant est caché : ce ne sont pas les licences mais le temps humain, apprentissage, production d’information, pilotage, qui décide du budget réel. Enfin, le gain est réel mais souvent capté ailleurs : un projet peut être rentable au total et déficitaire pour celui qui paie l’effort, et sans mécanisme de répartition, ce désalignement bloque tout, quelle que soit la beauté du calcul global.
Le désalignement entre qui paie et qui profite est le sujet de la conduite du changement, et le creux de productivité celui des pièges du premier projet. Le gain aval, le plus difficile à capter, vient de la valeur portée par le cycle de vie de la donnée. Et pour mener la décision d’adoption au-delà du seul calcul, les 8 étapes du changement.
Les guides qui prolongent naturellement celui-ci, dans d'autres sections du site.
On traite la résistance comme un problème de mentalité, à dissoudre par de la pédagogie. C'est rarement le cas. Les gens qui freinent ont le plus souvent raison sur les faits : le BIM déplace l'effort vers l'amont, dévalue une expertise acquise et fait porter le coût à d'autres que ceux qui en tirent le bénéfice.
Un premier projet BIM rate rarement sur le logiciel ou la modélisation. Il rate sur des décisions prises avant que quiconque ouvre un outil : trop d'ambition, aucun usage défini, un retour sur investissement attendu tout de suite. Les vrais pièges ne sont pas techniques, ils sont dans la tête de ceux qui lancent le projet.
Une information saisie une fois doit servir jusqu'à l'exploitation, sans jamais être retapée. Ce principe explique à lui seul pourquoi les normes, les processus et les logiciels BIM sont faits comme ils le sont. Le comprendre, c'est arrêter de subir le BIM.